Solène Ortoli dessine des espaces figuratifs mais irrationnels — vues plongeantes dont les perspectives se disputent — dans lesquels la nature semble domestiquer les lieux et les corps.
Maisons vacantes mais habitées par une inversion du processus de domestication ; c’est désormais la nature qui transforme l’habitat humain, par son irruption herbeuse et arborée.
L’intérieur et l’extérieur se confondent dans un dialogue de formes et de couleurs. La verdure s’invite à l’intérieur, et l’extérieur s’aménage de mobilier. Les deux espaces communiquent grâce à une absence de cloisons, ou de larges baies vitrées au travers desquelles l’intime des personnages s’expose par la transparence des lieux.
Ces personnages explorent leurs origines animales, visités ici par une silhouette simiesque, caressant là une forme ychtienne fluide et spectrale, ou encore baignant dans l’élément liquide comme pour retourner à la source de leur nature oubliée dans les profondeurs. D’autres errent dans l’ambiguïté, sirènes figées dans une transition inachevée, retenues dans un passage entre leurs deux états — animal et humain — et leur deux milieux distincts — le monde du dessus et du dessous — communiquant par des bains semblables à des caveaux.
Ces surfaces d’eau renvoient à un autre monde, autant que ces lits monolithiques — lieu du passage entre le songe et l’éveil — et ces miroirs inclinés qui ouvrent autant de failles vers le monde de l’envers, pareillement à celui de la « Maison du Miroir » de l’Alice de Lewis Caroll.
Avec le miroir, Solène manipule le reflet comme une matière, et donne forme à des paysages insoupçonnés. Ce miroir transforme et approfondit notre réalité, renverse son horizon et révèle à nos yeux l’image de notre propre nature profonde.
Aurélien Simon