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  • MAHDI BARAGHITHI

    MAHDI BARAGHITHI

    30.01 – 28.02.2026

 

THIS WORK CARRIES NO MEANING 
Cette oeuvre n’a aucun sens

هذا العمل لا يحمل أي معنى

 

- Mahdi BARAghiti -

Curated by Horya Makhlouf

 

30.01 – 28.02.2026

 

 

Les fleurs sont un motif récurrent des œuvres de Mahdi Baraghithi. En plastique ou en paillettes ; en peinture, dessin ou photographie ; tantôt fragiles, hésitantes, et cueillies à la volée ; tantôt clinquantes, trompeuses, et installées dans l’urgence d’un départ forcé ; elles rappellent à la mémoire les maisons que sa famille et lui ont dû quitter, et bordent les rêves des prisonniers injustement enfermés. Elles accompagnent parfois les morts dans leur dernière demeure et poussent encore par-dessus eux une fois que le temps a passé. Elles ceignent ici le carré vert installé par le performeur pour danser ; égayent là les horizons déployés par le peintre pour s’échapper. Elles éclatent de leur rouge sanglant dans le vert environnant et fanent bientôt sous des ciels où ne perce nul soleil. Les artistes avaient pour habitude de faire parler leurs couleurs, éclore leurs pétales et chanter leur floraison : que peuvent-elles bien vouloir dire encore quand rien n’a plus aucun sens ?

Contraint à un nouvel exil en octobre 2023, Mahdi Baraghithi est revenu vivre en France, où il avait fait ses études il y a quelques années. Départ précipité, asile accordé, échappatoire rêvée : l’artiste trouve là des portes grandes ouvertes et des murs impossibles à franchir. Il reçoit autant d’invitations que de désistements, apprend le français au rythme des excuses, des « c’est trop compliqué » et des « vous ne pouvez pas parler de génocide ». Devant ses yeux et celles du monde, les images pourtant défilent sans discontinuer. Elles exportent en direct les morceaux de corps, les gravats, les explosions, les déplacements, les arrachements, les cris, les larmes, les pleurs, les cauchemars qui avalent la réalité. La catastrophe. L’indicible et l’innommable sont mis en formes impossibles à regarder. 

 

Que peuvent encore dire les images quand rien n’a plus aucun sens ? 

 

Quand il était plus petit, Mahdi Baraghithi peignait. Parce que c’était chic. Parce que c’était beau. Parce que c’était ce que les artistes autour de lui faisaient. Revenir à la peinture aujourd’hui, c’est convoquer un âge perdu, bien que jamais tout à fait doré. C’est renouer avec un temps long : celui de la grande tradition de la peinture palestinienne, dont les chapitres peints entre deux catastrophes aspirent à la continuité. C’est sauvegarder la terre qu’on ne cesse de vouloir arracher. C’est cultiver des fleurs qu’on empêche de germer. C’est dire la vacuité des mots et continuer d’espérer. C’est aspirer à l’éternité empêchée. Avec ses pinceaux, ses couleurs et ses empâtements, l’artiste fait advenir l’espace auquel il n’a jamais encore pu accéder : celui dans lequel souffler, enfin, rêver, un peu, dormir, pour toujours ? Fermer les yeux, (re)trouver le sommeil, s’échapper par le songe et rendre aux corps leur dignité. 

 

Les hommes qu’il peint sont des icones. Ils sont des corps dont la peinture prend soin et auxquels elle rend la poésie. Des « Dormeurs du Val », qu’à la nature le peintre enjoint de les « bercer chaudement ». Tels l’endormi de Rimbaud, ils sourient, « comme sourirait un enfant malade ». Pareils au rêveur de Darwich, ils clament, dans leur tête et au monde : « Prenez les roses de nos rêves pour voir ce que nous voyons de joie ! » Et les fleurs de repousser. Elles étaient des graines pour faire éclore aucun sens et tous en même temps.

 

 

- Horya Makhlouf