En tissant un lien entre techniques contemporaines et héritages symboliques dans une
exploration des mythes anciens, Chemsedine Herriche évoque ce qu’il nomme une « résonance
archaïque » : la résurgence contemporaine des mémoires et de gestes collectifs oubliés.
Partant de ce concept, cette cohésion d’œuvres interroge l’histoire et la mémoire en
brouillant les frontières entre ancienneté et contemporanéité.
Younes Ben Slimane reconsidère les notions de traces, de résidus ou de reliques sensibles,
hantées par ce qui fut, et nous fait pénétrer au cœur d’un rituel sombre, où les objets parlent
leur propre langage, un silence qui raconte la fin de leurs anciens usagers. Autre rituel, celui
d’une civilisation queer oubliée qu’imagine Aïcha Snoussi, dont les dessins de protubérances
organiques et les messages indéchiffrables, dérivés de langues très anciennes, tapissent une
tunique retrouvée qui retrace le récit d’une mythologie personnelle, empreinte de références
intimes. Lulwah Al-Homoud explore aussi le langage avec d’autres écritures, des abstractions
rythmées qui dissimulent en réalité des codes mathématiques derrière l’alphabet arabe, mêlant
ainsi logique, poésie et mysticisme autour d’un langage complexe.
L’esthétique industrielle de plaques d’aluminium rivetées de Kaïs Dhifi se combine avec des
éléments d’histoire, d’archéologie et de réalisme fantastique pour créer des sculptures
intrigantes qui questionnent la frontière entre savoir-faire ancestral et technologie futuriste.
Passé et présent s’entrelacent aussi dans les tapisseries de Matteo Mandelli, qui tisse un fil
conducteur entre les fibres de l’artisanat textile traditionnel et un recyclage de circuits
électroniques et numériques de notre ère informatique. Chemsedine Herriche développe aussi
une pratique hybride, à la croisée de hautes technologies et de techniques picturales
ancestrales. Ses œuvres donnent forme à des visions mentales, des paysages intérieurs
nourris par une réflexion sur les récits fondateurs.
Les photographies de Maxime Passadore révèlent l’aura de sculptures antiques qui plongent
le spectateur dans un univers mystique, où l’objet d’apparence banale devient révélateur
d’énergie, de mémoire et d’expériences accumulées. Tandis que les ombres de Ladina Durisch
deviennent des formes autonomes qui se superposent aux sculptures, architectures et
paysages, telles des silhouettes éphémères de la contemporanéité qui hantent la permanence
séculaire. Et c’est dans un espace irrationnel que Solène Ortoli projette d’autres ombres,
celles de poteries antiques ornant les abords d’un bain, semblable à une excavation
archéologique sans fond, un passage entre les mondes, les réalités et les possibles.
– Turki Binsultan