

"Requiem 2.0" de Sépànd Danesh et "Domus Vacue" de Solène Ortoli à la galerie La La Lande
"Requiem 2.0" de Sépànd Danesh et "Domus Vacue" de Solène Ortoli à la galerie La La Lande
Requiem 2.0
Artiste franco-iranien ayant subi l’exil dans son enfance, Sépànd Danesh trouve refuge, à travers sa peinture, dans la représentation géométrique d’un angle. À l’intersection de deux murs, se situe un intervalle, un coin pour s’isoler, reconstruire une identité, organiser ses souvenirs d’enfance. Dans ce lieu contenu, impasse à l’horizon clos, s’étend pourtant l’infini pour l’artiste. Traversé par une ligne verticale, fendant à la fois l’espace dans une cassure et pointant vers la promesse d’une reconstruction.
Here, the destruction evoked is that of Pablo Picasso's Guernica de Pablo Picasso, reconsidérée à l’aune de l’esthétique numérique et tragicomique de Sépànd et à celle des nouvelles forces bellicistes qui ont poursuivi l’écrasement de l’innocent jusqu’à nos jours. À la difformité et la fragmentation corporelle des personnages de Picasso, exprimant l’atrocité de leurs souffrances, s’ajoute leur fragmentation pixelisée par Sépànd, version plus actuelle du point Benday de Roy Lichtenstein qui, par la trame de l’impression des comics, exprimait la désintégration de l’individu.
Chez Sépànd, les corps ainsi décomposés par le pixel, expriment un nouveau malheur qui frappe aujourd’hui les meurtris, celle de leur désintégration médiatique, ici littéralement numérique. L’existence de leur souffrance est niée par la caméra et son porteur, qui détourne son regard et déporte son intérêt vers le futile, trois pixels flottants aux couleurs certes attrayantes mais primaires, et qui ne forment nulle image intelligible.
Des fragments éclatent hors de la toile maîtresse et prennent la forme d’éléments autonomes : des « glitches » ou erreurs d’affichage numérique. L’œuvre déborde ainsi de son cadre, dans une logique analogue au parergon décrit par Jacques Derrida, selon laquelle les éléments périphériques participent pleinement à la construction du sens de l’œuvre. Ces artefacts graphiques prolongent la fragmentation en dispersant certains détails dans un espace visuel isolé, où les personnages semblent à la fois se décomposer et se reconfigurer, loin du lieu de leurs tourments.
Aurélien Simon
Domus Vacuae

